libre marché 2006


Sur cet étal de marché, une nouvelle denrée est mise en vente : les bulles-enveloppes-têtes. Elles contiennent des calculi.

Je suis mon trésor, je suis mon essence, la seule valeur authentique, débarrassée de mes loques, échappée de mes rêves intimes. Je suis mon pur diamant, mon moi primitif. Je me suis enfoui dans un cœur d’argile, contrat passé entre moi et je. Calculi, où, imprimant ma face dans la terre meuble de mon aurore, naissait le portrait sauvage d’une étincelle humaine. Je l’ai scellé le temps de ma vie, ou peut être plus, sur la trame des « je », des « uniques », comme un motif sur l’étoffe infinie de mon espèce. Tellement semblable à cette multitude et tellement différent de chacun, je suis un cri singulier et délicat perdu dans le brouhaha turbulent de mes frères.
Mais nos singularités n’ont pas la cote. On monnaye nos chairs, nos forces, nos esprits, nos temps, nos compétences. On expertise, on estime, on évalue, on jauge, on chiffre nos capacités. On fixe les prix de nos vies. Pourtant je vous l’affirme « On » n’existe pas, ou plus, ou jamais, ou toujours, « On » n’a pas de visage, c’est là sa force, c’est là ma faiblesse. « Je » est unique et « On » l’ignore. « On », l’ignare, m’ignore. « On » ne peut que calculer, calculer les calculi des « Je » inouïs.
Bruno Poiré

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